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Interview de Aurelie Veilleux de UP! Révéle toi : Orienter les adolescents grâce aux neurosciences et au jeu

Aurélie, pouvez-vous nous raconter le chemin personnel qui vous a menée de votre vie de manager dans le commerce de détail à la création de UP! – Révèle-toi, et ce qui a fait le déclic pour lier orientation des ados, neurosciences et jeu ?

Le déclic ? Une secousse. 1,4 million de jeunes NEET en France entre 15 et 29 ans ; ni en études, ni en formation, ni en emploi. Des jeunes qui ne font plus rien, pas par fainéantise, mais par absence de boussole. Et surtout, quelque chose d'inacceptable : ils ne croient plus en leur avenir, ni en eux-mêmes.

À leur âge, j'avais traversé seule l'Atlantique avec une conviction chevillée au corps ; *maintenant, tout est possible*. Je suis restée 7 ans à Montréal à dévorer la vie jusqu' à mes 28 ans. À 25 ans, je devenais directrice des ventes d'un media corporate que je lançais pour Québecor ; l'équivalent nord-américain du 20 Minutes.

Ce gouffre entre ce que j'avais ressenti à cet âge et ce que vivent ces jeunes aujourd'hui, j'ai du mal à l'accepter. La peur n'a jamais été un driver pour moi.
Cest ainsi que vingt ans apres mon retour en France, après avoir dirigé une société familiale de 80 personnes dans le retail, j'ai quitté mon poste de DG pour créer UP!

Mon premier impératif pour UP! a donc été de créer un outil financièrement accessible et facile à prendre en mains pour tous ces jeunes qui ont des choix à faire trop tot -quel que soit leur milieu- et d'agir en AMONT -dès 14 ans- AVANT le decrochage ou la voie professionnelle choisie par depit. Le jeu s'est imposé naturellement : d'abord parce que c'est le seul contexte où un adolescent oublie qu'on l'évalue et révèle qui il est vraiment, ensuite parce que la recherche sur la gamification est aujourd'hui massive et convergente.
Pourquoi les neurosciences ? Je suis fascinée par cette nouvelle science edifiante du cerveau depuis que je suis mère, soit 15 ans. La réponse ne pouvait pas être un énième questionnaire repetitif et biaisé pour ces jeunes. Les tests déclaratifs -pour les avoir casi tous fait en 20ans de management- mesurent ce qu'un ado *croit* être ; pas ce qu'il est vraiment.

Mon parcours m'a donné les muscles, l'expérience la clairvoyance, l'intuition une foi en ma vision. Le reste, c'est une dette envers la génération qui construira le monde de demain et qui mérite d'être outillée pour cultiver des étoiles dans les yeux et des ailes dans leur avenir.

Concrètement, comment les principes de l’Approche Neurocognitive et Comportementale se traduisent-ils dans le serious game UP! : pouvez-vous décrire un exemple de situation ou de dilemme narratif et ce que vous allez observer chez l’ado à ce moment-là ?

On met le jeune en situation ; il se plonge dans une trame narrative et prend sa place avec ses meilleurs copains. On questionne son comportement qui traduit son degré d'appetence par rapport à 24 dilemmes = 24 competences naturelles (vs 32 chez les adultes) ; soit l evitement, ou le neutre, ou la motivation secondaire conditionnelle au resultat, ou la motivation primaire inconditionnelle et energisante. Cest ce dernier moteur qui nous interesse pour être un levier de ce qui met naturellement les jeunes en mouvement. La pertinence de ce test tient en la difference entre l'heritage de son milieu, de son education (motivation secondaire extraseque) et ce qui anime et ressource le jeune intrinsequement (motivation primaire).

Vous partez du constat que l’information sur les études et les métiers ne suffit plus : selon vous, quelle est la principale erreur que font aujourd’hui les familles et les lycées dans l’accompagnement à l’orientation, et en quoi l’exploration des motivations profondes change la donne ?

Il y a enormement d'outils d orientation sur le marché mais soit ; elles sautent ou survolent le bloc essentiel preliminaire de la connaissance de soi, soit ; les tests comportent des biais cognitifs et sociaux tres importants. Si vous demandez à un jeune ce qu'il veut faire plus tard, vous ne savez pas si il repond par rapport à ses parents, ses copains ou son milieu. Up! contourne ces biais en identifiant les moteurs intrinsèques qui se fixent d apres les neurosciences les 3 premiers mois de notre vie et sont stables toute notre vie, et ceci grace à un test neuro comportemental et non auto declaratif.

UP! s’appuie sur un outil professionnel (Profil’INC) et le traduit dans un univers ludique pour des 14‑18 ans : quels ont été les plus gros défis pour adapter un dispositif scientifique d’adultes à des adolescents, sans le dénaturer ni perdre leur engagement dans le jeu ?

UP! s'appuie sur l'ANC de Jacques Fradin / Profil'INC : 30 ans de R&D interdisciplinaire, 86 questions, 500 équations, fiabilité prédictive validée à 90% (verifiée dans le recrutement Big Data ou les sofskills priment aussi sur les hardskills) et 82,5% (sélection sportifs haut niveau). C'est une base scientifique solide et documentée. Sur les 4 gouvernances (instinctive, gregaire, emotionnelle, adaptative) qui sont evaluées dans le test pour adulte et que l'on a adapté pour notre public plus jeune - dont le cortex prefontal finit sa maturité à 25 ans - ; on s est uniquement interessé à la gouvernance emotionnelle ou se logent les motivations primaires qui sont ressourcantes et durables. Le cadre de bienveillance (via le ton et la formulation) est tres important pour que le jeune se sente en securité et non evalué. Ainsi, toutes les etiquettes originelles des 8 dynamiques comportementales ("Philosophe, Animateur, Gestionnaire, Solidaire, Novateur"..) ont été redefinies via des definitions descriptives ("Celui qui cherche le bien être, celui qui crée de l'energie, celui qui tisse les liens affectifs..") pour qu'elles ne soient pas reductrices. Les irritants, le stress (gourvenance instinctive), la confiance en soi (gourvernance gregaire).. ne sont pas evaluées car encore fragile et en construction. Pour rendre l experience plus immersive, j'ai sondé l'univers imaginaire des jeunes et les series sont remontées bien avant les jeux videos. Or la serie numero 1 des jeunes est Stranger Things ; UP! s est donc largement impregné de ses codes pour s'illustrer.

Le livret-boussole et les séances avec les « révélateurs de talents » viennent prolonger l’expérience numérique : avez-vous déjà des retours de jeunes ou de parents qui vous ont marquée, où l’identification des motivations a réellement fait bouger une décision d’orientation ou apaisé une situation de blocage ?

Je lance en mars le développement de la solution avec une agence web, après avoir conçu le prototype sur une plateforme IA, pour que la première version soit disponible en avril/mai ; avant la deuxième vague de vœux Parcoursup. J'ai multiplié les itérations avec des jeunes pour m'assurer que le format du livret, des feedbacks et le parcours utilisateur leur correspondent, et que les résultats font sens pour eux.

Ma nièce, en terminale, était en panique à l'idée de formuler ses vœux Parcoursup en janvier, malgré plusieurs semaines d'accompagnement par une structure spécialisée. Bêta-testeuse de UP!, elle a trouvé en un seul parcours ; pourtant incomplet, sans livret boussole ni coaching ; des éclairages que des semaines d'orientation classique ne lui avaient pas apportés. Ses deux parents ont confirmé la justesse du profil restitué.

Le parcours est structuré en 10 sessions de 10 minutes, espacées de quelques jours. Entre chaque session, des notifications délivrent un contenu narratif qui donne envie de revenir. À chaque fin de session, UP! restitue un feedback et esquisse le profil qui se construit progressivement ; pour donner au jeune le goût de la connaissance de soi et l'amener à devenir acteur de sa propre révélation.

Vous visez un déploiement progressif, d’abord en Haute-Savoie puis au niveau national, avec un modèle ESS : comment imaginez-vous l’intégration d’UP! dans les établissements scolaires et les politiques publiques d’orientation dans cinq à dix ans, et quels garde-fous vous semblent indispensables pour que cet outil reste au service des jeunes et non de la seule logique de sélection ?

Dans cinq à dix ans, je vois UP! dans chaque collège et lycée de France ; pas comme un outil de l'institution, mais comme un droit individuel du jeune, accessible indépendamment de son établissement.
La Haute-Savoie d'abord, parce que c'est mon terrain, que j'y connais les acteurs et que la preuve par l'exemple est la seule qui vaille dans l'éducation. Ensuite le national, par capillarité ; parents convaincus, établissements demandeurs, collectivités engagées.
Sur les garde-fous, ma position est non négociable : les résultats appartiennent au jeune, point. Aucun établissement, aucun algorithme Parcoursup, aucun recruteur n'y a accès. UP! n'est pas un outil de tri : c'est un outil de connaissance de soi.
Et d'ailleurs, la question de la sélection me semble reposer sur un malentendu fondamental. UP! ne produit pas de hiérarchie. Chaque jeune, sans exception, a deux motivations primaires et six compétences naturelles. Pas de bon ou mauvais profil. Pas de jeune sans ressources. Seulement des jeunes qui ne savent pas encore ce qui les fait fonctionner et d'autres qui commencent à le savoir.
C'est précisément pour ça que le modèle ESS n'est pas un label pour nous : c'est une contrainte que je m'impose pour que la mission ne dérive jamais vers la logique commerciale qui ferait de cet outil autre chose que ce qu'il doit être.

Pour terminer, que diriez-vous à un parent d’ado inquiet par Parcoursup ou par le mot même d’« orientation », et à un jeune qui se sent « nul » ou « perdu », pour les aider à se recentrer sur leurs moteurs internes avant de cocher la moindre case ?

Au parent :
Parcoursup n'est pas le problème. Le problème, c'est qu'on demande à votre enfant de choisir une direction avant de lui avoir donné une boussole. Arrêtez de regarder les cases ; regardez votre enfant. Pas ses notes. Pas ses résultats. Ce qui le fait se lever le matin sans qu'on lui demande. Ce qui lui fait perdre la notion du temps. Ce qui le met en mouvement, lui ; pas vous, pas le marché de l'emploi. C'est là que tout commence.
Au jeune :
"Nul" et "perdu", ce ne sont pas des états permanents ; ce sont des signaux que personne ne t'a encore donné la bonne clé. Tu as des motivations profondes qui t'appartiennent depuis toujours, des compétences naturelles que tu utilises déjà sans t'en rendre compte. Elles ne dépendent pas de tes bulletins scolaires. Elles ne dépendent pas de ce que tes parents espèrent pour toi. Elles sont à toi.
À 21 ans, j'ai traversé l'Atlantique seule avec pour seul bagage ; la conviction que quelque chose en moi savait où aller. Je ne savais pas encore quoi ; mais je savais que c'était possible.
Ce sentiment, chaque jeune le mérite.
C'est pour ça que j'ai crée UP!

Pour en savoir plus : https://fr.ulule.com/up-revele-toi/

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