Interview de Marie-Cécile Andre de Fusion Jeunesse : Innover dans la forme scolaire : partenariats et projets pour transformer l’éducation

Marie-Cécile, pouvez-vous nous présenter Fusion Jeunesse et expliquer en quoi votre rôle au développement, aux partenariats et à l’innovation dans la forme scolaire vous place au cœur de la transformation éducative que vous portez ?

Fusion Jeunesse est une association franco-québécoise qui réenchante l’éducation en permettant aux élèves d’apprendre en faisant, grâce à des projets concrets, immersifs et ancrés dans les métiers d’avenir. Notre pédagogie expérientielle repose sur un trio unique : l’enseignant, un intervenant jeune diplômé expert du domaine (numérique, IA, agriculture, culture…), et un mentor professionnel venu du monde économique ou culturel. Ce modèle permet aux élèves de devenir acteurs, de retrouver du sens et d’explorer des univers professionnels auxquels ils n’auraient souvent pas accès autrement.
Dans mon rôle de Co Directrice générale – Développement, partenariats et innovation dans la forme scolaire, je veille à la cohérence nationale de cette transformation : renforcer les partenariats avec le ministère, les rectorats, les fondations et les entreprises, sécuriser les financements (notamment France 2030) et accompagner les équipes pédagogiques pour que nos projets s’intègrent au cœur de l’École. Mon travail consiste à ouvrir des portes, à fluidifier les collaborations et à créer les conditions pour que chaque aventure éducative puisse devenir un véritable levier de réussite pour les élèves.

Vous parlez d’élèves qui « ne se contentent plus d’apprendre mais créent, collaborent et donnent vie à des projets ». Concrètement, comment ces formats (3h, 15h, 30h, 60h, vacances apprenantes) bouleversent-ils la forme scolaire traditionnelle dans une classe ou un établissement ?

Ces formats flexibilisés permettent d’introduire, dans le temps scolaire, une pédagogie active, où les élèves apprennent en expérimentant. En 3h, on ouvre une porte, on déclenche la curiosité. En 15h ou 30h, on entre déjà dans un projet structuré, avec prototypage et création. À 60h, la classe vit une véritable expérience entrepreneuriale : les élèves conçoivent une IA, un jeu vidéo, un espace urbain, une mini collection de mode ou une installation artistique.
Ces formats transforment la classe en un espace où l’on co-crée, collabore, débat, fabrique. L’enseignant n’est plus seul : l’intervenant prend en charge l’ingénierie du projet, ce qui libère du temps pédagogique. Cette dynamique apporte une respiration nouvelle à la forme scolaire : plus d’autonomie, plus de pratique, plus de lien avec la réalité.
Cette progressivité « désacralise » l’innovation pédagogique : elle montre qu’on peut transformer la forme scolaire à petite dose mais avec un fort impact.

Les partenariats sont au cœur de votre modèle : comment s’articule, au quotidien, la collaboration entre Fusion Jeunesse, les équipes pédagogiques, les institutions (Éducation nationale, France 2030, régions) et les acteurs socio-économiques pour rendre ces projets réellement structurants et pas seulement « périphériques » à l’école ?

Notre modèle repose sur une coopération fine, quotidienne, et très structurée :
• Les enseignants définissent l’intention pédagogique et connectent les projets aux savoirs fondamentaux.
• Les intervenants Fusion Jeunesse apportent l’expertise technique et assurent la gestion de projet toute l’année.
• Les mentors incarnent les métiers et ouvrent le champ des possibles : ingénieurs, urbanistes, artistes, entrepreneurs…
• Les institutions (Éducation nationale, collectivités, France 2030) garantissent l’inscription des projets dans les priorités éducatives : persévérance scolaire, orientation, numérique, transition écologique.
• Les entreprises et fondations permettent des visites immersives, des interventions métiers et parfois des mises à disposition de matériel.
Concrètement, cela peut donner :
• une classe accueillie chez Ubisoft pour comprendre les métiers du jeu vidéo ;
• des élèves reçus à la Gare de Bordeaux par la SNCF pour co imaginer la rénovation du parvis ;
• un partenariat avec des châteaux viticoles pour parcourir l’ensemble de la filière dans Terroir Lab.
Parce que les rôles sont clairs et partagés, les projets cessent d’être « périphériques » : ils deviennent un levier de transformation pédagogique au sein même des établissements.

Avec plus de 250 000 jeunes et 750 établissements accompagnés, quels signaux concrets observez-vous sur le décrochage, la motivation, le climat de classe ou le rapport au savoir, et comment mesurez-vous l’impact réel de ces innovations sur les parcours des élèves ?

Les effets sont visibles, souvent très rapidement :
• Les élèves les plus éloignés du système scolaire se remobilisent, car ils comprennent le sens des apprentissages en produisant un livrable tangible.
• Le climat de classe évolue grâce à la coopération, aux rôles valorisés et à la réussite collective.
• Les compétences psychosociales (communication, confiance, créativité, esprit d’équipe) progressent fortement.
• Les enseignants témoignent d’élèves « qui n’avaient jamais autant parlé, créé, osé ».
• Les projets renforcent aussi l’orientation : les élèves découvrent des métiers d’avenir et lèvent l’autocensure.
Ces résultats sont confirmés par des évaluations externes (Université Laval, Université de Montréal, CNAM Polytechnique, GTNum du ministère) et par les retours des académies partenaires.

Innover dans la forme scolaire suppose aussi de bousculer des habitudes bien ancrées : quelles résistances rencontrez-vous de la part des établissements, des enseignants ou même des familles, et quelles stratégies ou exemples de terrain avez-vous pour montrer que cette transformation est possible sans « surcharger » les équipes ?

Il y a parfois des freins liés au manque de temps, à la crainte d’ajouter une charge, ou au doute : « Est ce que j’ai les compétences pour accompagner un projet d’IA ou de jeu vidéo ? ».
La clé, c’est que nous n’ajoutons pas une couche : nous prenons une partie de la charge, grâce à l’intervenant Fusion Jeunesse qui gère le projet, anime les séances et apporte l’expertise technique. L’enseignant n’est pas seul : il se concentre sur son cœur de métier. Cela change tout.
Nous accompagnons également les établissements avec :
• une coordination en amont,
• une plateforme pédagogique,
• des bilans réguliers avec les équipes,
• des visites immersives inspirantes,
• et un suivi personnalisé avec l’équipe opérationnelle et les partenaires institutionnels.
Cela montre qu’innover n’est pas une charge supplémentaire : c’est un cadre sécurisé où l’on gagne du temps pédagogique.

Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, à quoi pourrait ressembler une école qui aurait pleinement intégré ce type de projets (jeu vidéo, IA éthique, entreprise sociale, transformation d’un lieu public, etc.) dans son fonctionnement : en termes d’emplois du temps, de rôles des enseignants, de liens avec le territoire et le monde professionnel ?

Une école transformée serait :
• Plus ouverte : étroitement connectée aux entreprises, musées, institutions scientifiques et acteurs locaux ;
• Plus collaborative : les enseignants travaillent avec des intervenants, des artistes, des chercheurs, des ingénieurs main dans la main…
• Plus flexible : l’emploi du temps intègre des temps de projets, des immersions, des ateliers créatifs.
• Plus professionnalisante : chaque élève a déjà rencontré des métiers d’avenir, visité des lieux inspirants, mené un projet concret.
• Plus inclusive : les pédagogies actives tirent vers le haut les élèves les plus fragiles.
Ce modèle existe déjà dans certaines classes ; il ne demande qu’à devenir une norme, portée par la formation des enseignants, les partenariats de territoire et la reconnaissance institutionnelle.

Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser aux personnels scolaires qui constatent chaque jour les limites du système, mais qui hésitent encore à se lancer dans une démarche de transformation avec un partenaire comme Fusion Jeunesse ?

Je leur dirais que rien ne change plus un élève que la fierté d’avoir réalisé quelque chose de concret, quelque chose qui a du sens pour lui. Et que rien ne soutient mieux un enseignant qu’une équipe autour de lui, un projet partagé, des partenaires qui ouvrent des perspectives.
Se lancer avec Fusion Jeunesse, ce n’est pas ajouter : c’est faire autrement, ensemble, avec de l’énergie, du soutien et une ambition commune : permettre à chaque jeune de se révéler.

Pour en savoir plus : https://www.fusionjeunesse.fr/

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