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L’École supérieure du bois réconcilie les jeunes, le bois, les sciences et décarbonation

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter l’École supérieure du bois, ses spécificités autour des matériaux biosourcés et de la décarbonation, et expliquer en quoi cette identité en fait un lieu privilégié pour donner envie aux jeunes de s’orienter vers les métiers du bois ?

L'École supérieure du bois forme des ingénieurs et des techniciens à la maîtrise du matériau bois, pour sa mise en œuvre dans la construction et l'industrie. Parce qu'il est naturellement renouvelable et stocke du carbone, le bois est aujourd'hui un allié incontournable de la décarbonation. Les entreprises l'ont compris, et les besoins en recrutement suivent. Mais ce qui attire nos élèves en premier, ce n'est pas le marché de l'emploi — c'est le matériau lui-même. Toucher concrètement la matière, en comprendre les propriétés, avant de la mettre en œuvre : c'est ça, le point d'entrée à l'école. Et c'est souvent là que naît la vocation.

Vous venez de lancer une campagne qui « tronçonne les idées reçues » avec humour : quels stéréotypes sur les métiers du bois entendez-vous combattre en priorité chez les lycéens et leurs parents, et qu’est-ce que ces clichés révèlent, selon vous, du rapport actuel des jeunes aux métiers manuels et techniques ?

Aujourd’hui, le bois n’est pas perçu comme un matériau scientifique. Quand on pense bois, on pense d’abord aux métiers d’arts et à l’artisanat. Or à l’école, nos élèves développent une expertise du matériau pour en optimiser son usage, à l’échelle industrielle. Cette campagne invite à percevoir le bois différemment, et moderniser son image.

Concrètement, quand un jeune arrive sur vos campus de Nantes, Lyon ou Bordeaux, qu’est-ce qui, dans la vie de l’école (enseignements, projets, ateliers, relations avec les entreprises), lui fait prendre conscience que le bois est à la fois une science pointue, un matériau d’avenir et un secteur porteur d’emplois ?

Nos élèves en cursus Bachelor en sciences et ingénierie et Ingénieur, qu'ils ou elles soient à Nantes, Bordeaux ou Lyon, évoluent au contact d'entreprises de la filière forêt-bois. Que ce soit à travers des visites d'entreprises, des projets en partenariat ou lors de leur stage ou alternance, nos élèves sont très vite confrontés à la réalité du secteur et à son dynamisme. Ils découvrent que travailler le bois, c'est maîtriser des logiciels de modélisation, comprendre la mécanique des structures, analyser les propriétés physiques d'un matériau vivant. Nos ateliers leur permettent de passer de la théorie à la pratique dès les premières semaines. Et très souvent, ce sont ces moments-là qui transforment leur regard sur la filière.

Les métiers du bois sont au croisement de la transition écologique, de l’architecture et de la gestion forestière : comment faites-vous toucher du doigt aux jeunes cette dimension d’« architecte du vivant », et en quoi cela peut-il être un levier puissant d’attractivité pour une génération très sensible aux enjeux climatiques ?

À l'École supérieure du bois, nous proposons une vision globale de la filière, de la forêt au produit fini, et c'est précisément cette approche systémique qui parle aux jeunes d'aujourd'hui.
Notre objectif est de former des professionnels capables d’accompagner la transition écologique de la filière forêt-bois et de développer des modèles économiques plus durables.
Ainsi, dans le programme ingénieur, nos élèves vont apprendre à concevoir des produits et des systèmes en intégrant leur impact environnemental, notamment grâce à l’analyse du cycle de vie, mais aussi à comprendre le caractère systémique du changement climatique.
En Bachelor, la sensibilisation commence dès l'intégration, et se prolonge tout au long de la formation pour bien comprendre ce qu’est la démarche RSE d'une entreprise.

Votre campagne assume un ton moderne, drôle et « funky » pour parler de formation scientifique et technique : à votre échelle, comment conciliez-vous cette volonté de séduire les jeunes avec l’exigence académique et la rigueur que demandent des métiers comme la construction bois ou la gestion forestière ?

Les formations que nous proposons sont exigeantes, et les métiers auxquels elles mènent demandent de la rigueur. Mais la rigueur n'interdit pas l'enthousiasme, bien au contraire. Si on veut attirer les meilleurs profils vers la filière bois, il faut commencer par leur donner envie d'y regarder de plus près. L'humour et le ton décalé de cette campagne, sont une façon d’attirer les regards et de dépasser les préjugés. Une fois que le jeune pousse la porte, c'est la qualité de la formation et la richesse des débouchés qui prennent le relais.

Si l’on se projette dans cinq ou dix ans, comment imaginez-vous l’évolution de l’attractivité des métiers du bois auprès des nouvelles générations, et quels leviers supplémentaires – au-delà de la communication – faudrait-il activer au niveau de l’orientation, des politiques publiques ou des entreprises du secteur ?

Le contexte joue plutôt en notre faveur : la réglementation environnementale dans la construction évolue, les grands projets d'infrastructure intègrent de plus en plus le bois, et les entreprises peinent déjà à recruter des profils formés. Dans dix ans, la question ne sera plus de convaincre que le bois est un matériau d'avenir, ce sera une évidence.
Cependant, pour que l'attractivité suive, il faudra agir sur plusieurs fronts : mieux informer les conseillers d'orientation qui, souvent, ne connaissent pas la filière, renforcer les passerelles entre le secondaire et l'enseignement supérieur, et impliquer davantage les entreprises dans des actions de sensibilisation dès le lycée. Du côté des politiques publiques, un enjeu est particulièrement structurant : la place des sciences au lycée. Pour former les ingénieurs bois de demain, il faut que les lycéens d'aujourd'hui maintiennent un socle solide en mathématiques et en physique. Sans cela, c'est toute la chaîne de formation qui se fragilise. La pérennité des métiers de l’ingénierie passe par des choix d'orientation éclairés dès le lycée, et cela suppose que les filières scientifiques restent attractives et accessibles.

Pour conclure, quel message personnel aimeriez-vous adresser à un lycéen ou une lycéenne qui hésite encore entre une voie plus « classique » et les métiers du bois : qu’a-t-il ou elle concrètement à y gagner, humainement et professionnellement, en choisissant cette filière ?

Je lui dirais : ne choisis pas une voie par défaut, choisis-la parce qu'elle a du sens. Et le bois, c'est un matériau à part. Concret, vivant, chaleureux, il rassemble les gens et suscite une vraie passion chez ceux qui le travaillent. Il y a quelque chose d'unique à exercer un métier où le matériau lui-même crée du lien. Quand on aime ce qu'on manipule, on aime ce qu'on fait.
Et au-delà de cette dimension presque sensible, le bois est aussi porteur d'un vrai rôle dans la transition écologique, au cœur d’un secteur qui recrute, qui innove, et qui offre des trajectoires professionnelles très diverses, en France comme à l'international. Tu peux concevoir des bâtiments, piloter une unité de production, diriger des chantiers, travailler en bureau d'études ou dans la recherche. Dans tous les cas, tu exerces un métier dont tu peux être fier, parce qu'il contribue concrètement à construire un monde plus durable. Ce n'est pas si courant.

Pour en savoir plus : https://www.esb-campus.fr/

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